QUI-SUIS-JE?

par Mā  -  23 Septembre 2019, 20:03  -  #actualité

 

« Enfant, j’étais émerveillée par la nature, sa beauté simple et complexe à la fois : observer trois grains de poussière dans un rayon de lumière, un rocher couvert de mousse et de lichens, un morceau de bois rongé par les vers, un reflet changeant sur l’eau du torrent… Ces instants minuscules, à la fois fragiles et hors du temps nous ramènent à nous-mêmes, à notre identité profonde… »

 

 

Depuis la nuit des temps, chaque société humaine tente de construire un récit de commencement du monde cohérent avec les savoirs de son époque, explicitant les mystères des mondes connus et inconnus. L’esprit scientifique contemporain tisse la toile d’une énième cosmogonie pour représenter le monde, élucider et résoudre la grande énigme des commencements.

" Les cinq éléments fondamentaux de l’univers (terre, eau, feu, vent, éther) produisent des sons au moindre contact. Cela signifie qu’il existe des langages en tout. (…) Les chants des oiseaux, le courant de l’eau, les bruits du vent, tous disent constamment la vérité éternelle. "  

Kūkai (774-835)

FRAGMENTS D'ESPACES (Tableaux)


Je cherche par la matière à rendre perceptible la continuité organique entre le monde vivant et le monde inerte qui nous entourent, nous relient et nous composent. 

« … jusqu’à ce que tu retournes à la terre, puisque c’est d’elle que tu as été pris ; car tu es poussière, et tu retourneras à la poussière.»  (Livre de la Genèse 3.19 - Bible Louis Segond)


Chaque tableau tente ainsi d’être un lien, une passerelle, un fil ténu entre Visible et Sensible ; un témoin reliant mondes Perceptibles et Immatériels, dans une ainsité où se résorbent toutes spéculations conceptuelles et métaphysiques. A la fois partie du tout, aboutissement et matière première, chaque particule entre en résonance avec nos propres corps…


Sortes d’instants-fossiles, fragments kaléidoscopiques, fragiles traces d’un « ici et maintenant », mes tableaux résultent d’une rencontre entre les éléments constitutifs de la matière, résidus de processus de dissolution saisis à l’instant « T ». Insérés dans un lit de plâtre, les fragments et matériaux (bois, pierre, végétaux, terres, sable, cendre, etc…) assemblés et mis en résonance, portent l’attention sur ce qui est « entre », ces vides qui relient, ouvrent, permettent respiration et dialogue. 

INSTALLATIONS


Entre esprit et matière, nous nous interrogeons sans fin sur l’existence. L’Univers assemble puis désassemble, donne forme à des compositions successives, éphémères et sans cesse renouvelées… La Théorie des Cordes conçoit la matière comme ondes vibratoires : apparitions et disparitions, oscillations et vibrations décrivent un monde en constant mouvement où tout est en interaction et transformation. 


Mes sculptures et installations se réfèrent à la nature en tant que processus spontané, cycle perpétuel et auto-généré de transformations et renaissances. Les Sculptures sont souvent mobiles, jouent avec l’air et habitent l’espace. Les Installations In Situ dialoguent avec le Topos, la spécificité d’un lieu.

PERFORMANCES BUTO 


Les Performances réunissent plusieurs dimensions (Espace 3D/Topos/Temps) et mettent en jeu les objets, la présence, le lieu et la matière du corps, le mouvement, le son, l’élasticité du rapport au temps. 
Car nos corps évoluent dans un espace multiple : composés d’atomes formés il y a des milliards d’années, ils sont ancrés dans une réalité matérielle apparemment solide, tout en évoluant dans une incessante et insaisissable succession d’instants-de-conscience éphémères.


La pratique du butō, l’expérience consciente du corps et du mouvement, me permettent de tisser des liens entre différentes temporalités ; de relier les fragments du temps ; d’accueillir ce qui est ; de témoigner d’une présence.


Structures éphémères, fragiles édifices, centres de présence, nos corps marchent en équilibre sur le fil du présent…

 

NOTES :
Le Butō est une danse née au Japon dans les années 60, basée sur l’improvisation et l’introspection. Souvent dans une extrême lenteur du mouvement - induisant une conscience de l’instant très aigüe, elle relie le corps et l’esprit, ouvre le champ des émotions, permet de retrouver liberté et créativité. Le butō n’est pas une technique, mais un désapprentissage : ce n’est pas la forme visible qui compte, mais le mouvement intérieur, accueillant la singularité de chaque individu, son âge, sa morphologie, son histoire. C’est une exploration de soi, une méditation en action, qui permet de descendre au fond de la caverne du « corps obscur » et de ses peurs inconnues, tout en étant reliés au cosmos et à la lumière des étoiles… 
Atsuchi TAKENOUCHI est un danseur et chorégraphe japonais formé par les fondateurs de la danse Butoh, Kazuo OHNO et Tatsumi HIJIKATA. Depuis plus de 25 ans, il développe son propre Butoh, le Jinen Butoh, expression universelle de la nature, de la terre et des temps anciens.  

"JINEN, c’est le mot qui décrit l'univers, son origine et son cours naturel. Sa signification englobe TOUT (en Occident, "l'homme" existe au-dessus de "la nature", et au-dessus de l'homme, il y a "Dieu". En d'autres termes, il existe une séparation entre la nature, l'homme et Dieu). Mais Jinen exprime la perception de l'univers avant qu'une telle séparation ne se produise. Jinen est le "flux du fleuve de l'univers" qui englobe le soleil et la lune et la terre, qui est à l'origine de la naissance de toute la nature, y compris de l'homme. C'est aussi le tourbillon qui embrasse toute la vie et la mort, la lumière et l'obscurité. Il n'y a rien que l'homme puisse faire. Tout ce que j'ai pu faire après le tremblement de terre a été de vivre avec les personnes qui avaient connu la vie et la mort, et de prier et de danser avec eux. À l'intérieur de Jinen, cette vie et cette mort sont liées à toutes choses et dansent une prière". Atsuchi TAKENOUCHI

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :